ARME, VP, profit

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© serge D’Ignazio

ARME. Tel est l’acronyme du nouveau plan français de réforme du travail. ARME pour « activité réduite pour le maintien de l’emploi ». Au moment où, partout dans le monde, les rues se noircissent de manifestant.es contre les violences policières (VP) et contre le racisme, le gouvernement français reste fidèle à ses convictions : loi et ordre, par hommes armés interposés, et libéralisme optimisé. C’est gonflé.

Car enfin, qu’est-ce qui lie ces politiques sur le travail, sur la santé (post-COVID-19), sur la sécurité ? Tout d’abord, leur objectif : augmenter les profits financiers des entreprises privées, de l’industrie pharmaceutique, de l’armementet de toutes les autres. Ensuite, leurs méthodes : l’usage de la violence.

En promouvant les libertés économiques et la violence (contre les personnes racisées, contre les pauvres, contre les femmes, les trois conjointement) – ce que recouvre réellement « Law & Order » aux États-Unis –, les gouvernements s’opposent insidieusement aux libertés individuelles : droit d’expression, droit civique, mais aussi droit à l’avortement, à l’accès à la santé, à l’éducation ou au travail pour tou.tes.

La violence institutionnelle s’affirme sur ce terrain « public », celui des droits et de la morale (judéo-chrétienne, occidentalocentrée), pour mieux canaliser les ripostes. Elles aussi s’expriment dans la sphère publique, en opposant une éthique, contre le racisme par exemple, ce qui est fort louable. Du coup, elles obèrent à la fois le volet libéral de la banalisation du tout sécuritaire – un marché – et les impacts des politiques libérales sur la sphère privée. On assiste tant à la multiplication des commandes d’armes pour les forces de l’ordre qu’à celle des violences contre les femmes et les enfants, des précarisation et paupérisation des populations, de leur sous-prise en charge sanitaire, et en particulier celle des femmes.

Les assassinats de George Floyd, d’Adama Traore et de bien d’autres avant eux, la gestion par les autorités de la période post-COVID, ne sont qu’un bégaiement de l’histoire. Pour ne prendre qu’un exemple, dans les années 1990, l’Afrique du Sud avait bien démontré le lien entre épidémie du sida et violences sexuelles, violences policières, violences d’État[1]. Moins la maladie était prise en compte – refus par Thabor Mbeki de prendre en charge de traitements antirétroviraux –, plus les viols des enfants, les crimes ciblés de femmes (féminicides) ou d’étrangers (xénophobie) avaient augmenté. Plus la corruption était adoptée par l’« élite » sud-africaine, plus des discours populistes faisaient leur ouvrage auprès des hommes noirs pauvres. La rhétorique développée au plus haut niveau de l’État entendait faire croire à ces hommes que les politiques de la « suprématie blanche » – l’apartheid – les avaient émasculés, qu’elles avaient atteint leur virilité, les avaient rendus fragiles, à tel point qu’il fallait qu’ils affirment leur force par tous les moyens dont le viol des filles vierges. La campagne de Jacob Zuma, « 100% Zulu Boy », en était la pure illustration : la manœuvre politique visait l’auto-identification de l’homme sud-africain de « base », pauvre, noir, des townships, malmené par la vague féministe locale, dans l’expression « normale » de sa sexualité, et donc leur division.

Aujourd’hui, le détournement aux États-Unis du slogan pro-avortement « mon corps, mon choix » par les « anti-confinement » pour justifier leur vision libérale de l’épidémie – « ma liberté de choix » – confirme cette dialectique sécuritaire et viriliste : les dominants veulent canaliser la résistance, de préférence en divisant les opprimés : pauvres, racisés, femmes. Selon eux, les antiracistes, les antifascistes, les défenseurs des droits LGBTQI, comme les féministes représentent des entravesà la « liberté ». Ils sont les véritables cibles de « la loi et l’ordre ».

Sachons tirer les leçons de l’histoire et intéressons-nous à toutes les formes de domination (race, classe, genre), dans le public et dans le privé, pour mieux contrer l’offensive libérale mondiale. « Définançons » la police[2], la santé, l’éducation, le travail. « Désarmé.es »[3], contrôlé.es, ne nous transformons pas en contrôleur.ses.

Joelle Palmieri
8 juin 2020

[1]Joëlle Palmieri, « Afrique du Sud: traditionalisme et le masculinisme au secours du pouvoir politique »,Africana Studia N° 30, EDIÇÃO DO CENTRO DE ESTUDOS AFRICANOS DA UNIVERSIDADE DO PORTO, 2019, pp. 169-191, https://joellepalmieri.files.wordpress.com/2019/09/joelle-palmieri_bat020619_jp.pdf.

[2]Meagan Day, « Le meilleur moyen de “réformer” la police ? La “définancer” », Jacobin Magazine,6 juin 2020, https://lvsl.fr/le-meilleur-moyen-de-reformer-la-police-la-definancer/

[3]Elsa Dorlin,Se défendre, une philosophie de la violence, La Découverte, 2019, 284 p.

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