En Provence verte, la peste brune pue

Il y a quelques jours, je lis avec effroi ce tag sur l’abribus à la sortie de Néoules, le village ou j’habite en Provence verte (au nord de Toulon) : « JMLP – 1928-2025 ». Il est illustré par la Croix celtique, logo du GUD, ce groupuscule d’extrême droite qui s’est fait connaître pour ses actes violents dès les années 1970. Cette inscription est un hommage criant au négationniste, assassin, escroc, notable, qui a créé le Front National (FN). Cette célébration fasciste à deux pas de ma porte me désespère, d’autant qu’elle n’est pas la première. C’est lassant. Très lassant. Exaspérant. Abominable.

Il n’y a pas longtemps, entre le 17 et le 18 juillet derniers, au lendemain des législatives de 2024, je découvrais ces tags non moins fascistes sur un panneau à l’entrée de Garéoult, un des villages voisins. Ils étaient déjà signés FN et non RN (Rassemblement national). J’étais abasourdie. J’en avais aussitôt échangé deux mots avec le maire de ma commune et avec le sénateur de la circonscription, sûre de les entendre dire qu’ils allaient poursuivre les auteurs de ces inscriptions condamnables par la loi. Ma déception a été à la hauteur de leur couardise ou de leur ignorance. Les maires de ces communes ont botté en touche, se renvoyant la balle d’un territoire à l’autre, et ont laissé la responsabilité des poursuites judiciaires à la préfecture. Aucune plainte n’a été déposée. Les magistrats locaux se sont uniquement souciés de faire partiellement effacer ces horreurs. La presse locale en a fait écho[1].

Pourtant, les raisons de mettre un terme à ces crimes sont nombreuses. J’assiste depuis moins de cinq ans à la banalisation des idées du FN et à la montée de ce vote RN dans les communes du canton, y compris dans les anciennement « roses » comme Néoules. Tout autour, l’électorat, majoritairement de droite, a volontiers glissé vers l’extrême-droite. Ici, les appels à la haine raciale et politique prolifèrent. Ils se situent en milieu rural, dans des villages qui ont multiplié leur population par deux en moins de dix ans. Néoules, par exemple, est passé de 1 500 habitants en 2011 à plus de 3 000 en 2024. Il faut dire que les parcelles ont rétréci, de 6 000 m2 à 2 000 m2. En même temps, le coin est devenu la banlieue huppée, pour ne pas dire parvenue, de Toulon. La population est principalement constituée de jeunes parents, de classe moyenne, qui vont travailler à la capitale varoise. Dans ces villages entourés d’arbres et de collines, la mixité sociale est quasi nulle. On y trouve très peu d’« arabes » et de « nègres », comme les tags nomment ces habitant·es qui, en plus de ne pas être « de souche », sont des « étrangers ». Ces constats me font dire qu’il serait intéressant de croiser de multiples cartes avec celle de l’électorat RN : celles des PLU, du prix de l’immobilier – très cher, de plus en plus cher –, de la population d’origine immigrée, des déserts médicaux, de la territorialisation de l’éducation, du travail… Cela nous renseignerait sur la sociologie sinon sur la structuration de pensée des frontistes.

Avant-goût. Hier en cours de gym à Garéoult, j’entends « Sont toujours en vacances ceux-là ». Je crois que ma camarade de jeu parle des enfants. Mais elle poursuit, assurée : « c’est comme les cheminots, toujours en grève… Femme de ménage c’est dur aussi, je sais, je l’ai fait, est-ce qu’elles font grève elles ? ». Je comprends qu’elle parle des instits, des profs. Je suis une fois de plus abasourdie, limite démunie. Cette femme d’une cinquantaine d’année, fort avenante, exprimant sans détour sa joie d’être en compagnie et de sortir de chez elle, assène sans s’en rendre compte des contrevérités mille fois répétées par le FN puis par le RN. Enfin, je suppose qu’elle en est inconsciente. Cet incident est monnaie courante. Alors, je me dis aussi qu’il serait vraiment temps de couper l’herbe sous le pied des banalités brunes, de faire circuler un autre vocabulaire que celui de la vulgate fasciste et de diffuser de nouvelles représentations de nos concitoyen·es et du monde. J’ai besoin de renfort.

Joelle Palmieri
8 février 2025


[1] Var matin, « Les tags racistes fleurissent aux abords de routes départementales varoises dans un silence assourdissant », 24 juillet 2024, https://www.varmatin.com/securite/le-mot-du-departement-935470?utm_content=link&utm_term=Page.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.