Soleil vert

Ce film de science fiction des années 1970 en disait déjà long sur notre actualité. Sorti il y a 46 ans, « Soleil vert » mettait en scène une catastrophe planétaire, incluant des océans moribonds et une canicule permanente, résultat de l’émission des gaz à effet de serre, de l’épuisement des ressources naturelles, de la pollution, de la pauvreté, de la surpopulation et de « l’euthanasie volontaire »[1].

Après la Russie et le Brésil, l’Ukraine et l’Australie vivent à leur tour ce scenario prémonitoire. Les émois sont grands, provoquant des déclarations rebelles ou affligeantes. Des commentateurs s’enflamment, c’est de saison, et évoquent pour les uns la destruction massive des animaux ou pour d’autres, au choix, la situation désespérée des populations touchées, la destruction des lieux d’habitation, la responsabilité de « l’Homme », l’indifférence des dirigeants des pays… On parle également volontiers d’échéance pour agir contre la fin du monde : trop tard, encore possible.

J’ai la chance d’avoir une vieille amie australienne émigrée de longue date en Europe. Il y a quelques jours j’ai souhaité m’enquérir de son état et connaître son sentiment sur la situation. Sa réponse est une révélation. Ann (appelons-là comme cela) me répond d’emblée qu’elle est inquiète. Elle regarde jusqu’à très tard la TV pour prendre des nouvelles des incendies, va alors se coucher, s’endort angoissée, se lève au milieu de la nuit et regarde si la pluie est tombée. « Ça me rend folle ! », écrit-elle. Sa famille sur place (frères et sœurs) vit « l’horreur ». À Melbourne (sur la photo), à 300 km des incendies, la fumée envahit le ciel. À Darwin, un cyclone menace. « Alors oui, ça va mal ! ». Elle pense tendrement à une amie commune de chez qui la photo en illustration a été prise et enchaîne par un énorme questionnement : que vont devenir les personnes ayant des difficultés respiratoires ? Doivent-elles rester ? Partir ? Où vont aller les deux millions de personnes déplacées ?

Ann est consultante internationale, experte en genre. La réflexion est son métier alors elle ajoute spontanément : « Je dois réfléchir à arrêter de m’inquiéter [ça ne sert à rien] et trouver une façon différente de faire avec ce qu’il se passe ». Et elle s’interroge : « dois-je rejoindre les campagnes contre le changement climatique? J’ai déjà décidé de manger vegan, de n’utiliser que les trains pour me déplacer – elle voyage énormément –, de consommer moins et de recycler plus ». Pour finir elle confie qu’elle sait que « ce n’est pas suffisant » et m’interpelle.

Je vais fouiller loin dans mon cerveau un avis que je souhaite sérieux. Éviter le grotesque, la psychologisation, le mélodrame, l’individualisation des problèmes, me guide. Je commence par affirmer qu’évidemment je partage ses soucis et ses questions. Je lui confirme qu’opter pour un comportement individuel, même juste, ne me semble pas suffisant. J’insiste sur le fait que bien que, depuis plus de 40 ans, les scientifiques aient alarmé les populations, les dirigeants ou les partis politiques sur la planète en feu, les priorités s’établissent ailleurs : armement, guerre, profit financier… L’actualité là encore me donne raison. Toutes les politiques institutionnelles adoptent une vision à court terme : la marque de fabrique du capitalisme et de sa version moderne, le néolibéralisme. L’occidentalisation et la mondialisation accompagnent le mouvement.

J’incite alors Ann à agir localement, selon moi une approche cruciale. Je l’encourage par exemple à demander au maire de sa commune s’il est prêt à accueillir des réfugiés climatiques et s’il se sent concerné, à scruter son plan d’action et à savoir comment il compte interpeller son gouvernement (en Europe) et le gouvernement australien. Je la pousse à faire de même avec toutes les associations locales, y compris celles qui ne sont pas spécialisées dans l’écologie, l’environnement ou le développement durable et agissent plutôt sur l’éducation, la santé, le sport, la culture, la jeunesse, le divertissement… Je lui propose bien sûr, d’écrire et de publier largement son opinion, ses questionnements, ses résolutions, ses choix.

Je finis par lui confier que notre devoir est d’élargir notre pensée… La catastrophe étant mondiale et la crise humanitaire qui l’accompagne n’étant pas de bonnes nouvelles, je cherche quand et qui fera le lien entre tout ce qu’il se passe : la dégradation climatique, les violences faites aux femmes, la guerre, la course à l’armement, la xénophobie…

En vous confiant cet échange, je m’applique à réaliser ce que je recommande à cette amie. Je vous expose mon propre plan. La discussion est ouverte, les échanges permis. À bon entendeur !

Joelle Palmieri
7 janvier 2020

  1. John Shirley, « Locus Online: John Shirley on Soylent Green », Locus Online, 23 septembre 2007, http://www.locusmag.com/2007/Shirley_SoylentGreen.html, consulté le 7 janvier 2020.
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2 Responses to “Soleil vert”
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  1. […] Incendies en Australie, retraite aux flambeaux et renforcement de la « puissance de feu » des forces de l’ordre (Fdo) en France, le feu fait salle comble. La retraite aux flambeaux du 23 janvier 2020 a galvanisé les porteurs de la résistance à un gouvernement rétrograde. Ses organisateurs ont souhaité reprendre l’idée de la prise de la Bastille et de la future décapitation de l’aristocratie, et par analogie celle du néolibéralisme. Pourtant la flamme ainsi mise en exergue est ambivalente. La preuve en est côté répression où les Fdo ne cessent de « faire feu » sur les manifestants, en utilisant leurs armes (Lbd, flashball…), en mettant la rue « à feu et à sang », où l’« exécutif » impose par interdictions de manifestation interposées un « couvre feux » sans jamais ordonner de « cessez-le feu », ou prétend que la « mobilisation s’effrite », prétextant de l’autre côté du front une perte de volonté politique ou au contraire une « radicalisation », bref en tentant par tous les moyens d’« éteindre le feu ». […]



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